Fanfara Tirana meets Transglobal Underground


FANFARA TIRANA and TRANSGLOBAL UNDERGROUND

The collective, or cluster, or constellation going by the name of Transglobal Underground, first coalesced early in the 1990s. It was a time when cheap travel, the embrace of multi-culturalism, new pathways of transmission and reproduction, a new confidence among the UK’s immigrant communities and the vibrant energy of the country’s dance scene provided fertile ground for trans-cultural collaborations, combinations and recombinations. Delighting in serendipity and chance meetings, combining bricolage and organic growth, TGU focused their initial explorations on the eastern and southern rim of the Mediterranean. As time passed, they gradually ranged further afield and lighted upon the then less-known musics of the vibrant heart of Europe, sometimes misapprehended as the fringe of Europe: Hungary, Romania, and the Balkan peninsula.

With a fluid, constantly mutating membership driving an explosive collaboration between the descendants of those who once ruled an imperium and those whose ancestors were its subjects, by the second decade of the new millennium the grouping had become known not only as live and electronic performers, but also as highly capable technicians in maybe the newest of musical specialisms, the remix.

Meanwhile in Tirana, Albania...

At the start of the 21st Century the Military Band of the Armed Forces of the Republic of Albania was charged with a number of duties: to foster the martial spirit of officers and men, to mark solemn occasions with musical performance, and to represent the Albanian people. In addition to these worthy aims, some members felt that they could extend their talents in new directions. Like any working musicians, they played outside the framework of the band for their own pleasure and the pleasure of others, at weddings, parties, circumcisions and other festive occasions.

But they were also eager to cross borders, to move away from the expected, and since brass bands had first flowered in Albania as a serious-minded cultural initiative tied to the Rilindja or Albanian Renaissance movement of the early Twentieth Century, the expected was anything but dance music. And here, being the heirs of the subjects of another imperium, in this case the Ottoman empire, they found inspiration in their neighbours, who had also won independence when that hegemony collapsed. As the 500 years of Osmanli rule have left a lasting mark on urban life throughout the area, on cuisine, language, way-of-life and music, and especially on that music’s scales, modes and inflections, there is a kind of musical commonality throughout the Balkans, a single speech with a myriad accents. Fluent in that speech, adopting the bright, taut, stuttering rhythms of South Serbia’s Romani brass bands and the swooning melodies of urban Macedonia or Greece, plus judicious re-arrangements of the classics of South Albania’s intricate and moving polyphonic songs and instrumentals, the Fanfara soon started to build a reputation on the European festival circuit as skilled, passionate and inventive music makers. And like any band in possession of a good reputation, they found themselves in need of a remix.

And this is where the project began, with some rough ideas and few pointers. With the gradual work of refinement, the British team became increasingly captivated by the sounds, textures and colours of the originals. Unexpected vistas began to open up; places were discovered for drums, percussion, sitar; electronic treatments, samples, loops and re-configuration transformed the originals. The Fanfara, hearing the results, made their own changes, composed new pieces and sent them back. And so through this long-distance collaboration and through a process of gradual accretion and evolution, the originals became veiled, obscured, refracted. A clarinet-led meditation of mourning emerged as the relentless danse macabre of Kabatronics, the sly hunting metaphor of Three Beauties (“I picked up my shotgun and went out on the hunt – oh yes, I got three beauties, lads”) was recast with a prowling bassline, and TGU’s vocalist Tuup began to imagine narratives embedded in the music, points of contact between hemispheres, the shared experiences of birth, marriage, death, and resistance.

Transglobal Underground and the Fanfara Tirana share many qualities. Both are rooted in a native popular culture, which serves them as a springboard to explore and deconstruct the cultures of others, approaching them with curiosity, fascination and wit, searching for common ground in an endless dialogue of possibilities. Being British, and being Albanian, means being part of a web of inheritance from a trans-national community and all the complexity, moral ambiguity and opportunity that this entails, all the boundaries and borders that must be negotiated, all the values that must be examined. Such collaborations as this are profoundly human and profoundly political, pitting a grass-roots creative solidarity against the machinery of globalism, building fellowships from below.

It is surely not by chance that the song that first gripped the members of TGU is a song of emigration. Qaj Maro, qaj moj bijë, sings the wife left behind while her husband seeks work elsewhere in the Ottoman lands. “Weep, Maro, weep my daughter. He has taken the road for Egypt, left me with the children. Harsh is our life...” From the labour of those who went before us comes our strength.

 

(French translation)

Le collectif, ou le groupe, ou la constellation, qui est connue sous le nom de Transglobal Underground, s'est formé au début des années 1990. C'était un temps où les voyages bon marché, l'attrait du multiculturalisme, les nouveaux moyens de communication et de reproduction, une nouvelle confiance en soi des communautés immigrées au Royaume-Uni et l'énergie débordante de la scène dance du pays ont fourni le terreau fertile pour des collaborations trans-culturelles, des combinaisons et des recombinaisons de toutes sortes. Plongeant dans les jeux du hasard et des rencontres fortuites, combinant bricolage et croissance naturelle, TGU s’est concentré initialement sur l’exploration des rives sud et orientales de la Méditerranée. Le temps passant, ils ont progressivement élargi le spectre de leurs recherches et ont incorporé des musiques venant du cœur de l'Europe, parfois dénommé de manière erronée comme la périphérie de l'Europe : la Hongrie, la Roumanie et la Péninsule balkanique.

L’évolution constante, fluide, de ses membres était le moteur d’une collaboration explosive entre les descendants de ceux qui avait autrefois gouverné un Empire et ceux dont les ancêtres en avaient été les sujets. Alors que la deuxième décennie du nouveau millénaire commençait, le groupe n’était plus seulement connu au travers de ses spectacles vivants et électroniques, mais aussi comme au travers de ses techniciens ultra-spécialisés dans cette nouvelle forme musicale qu’est le remix.

Pendant de temps là, en Albanie…

Au début du 21e siècle, l'Orchestre Militaire des Forces Armées de la République d’Albanie était chargé d'un certain nombre d’obligations : encourager l'esprit martial chez les officiers et les soldats, accompagner les occasions solennelles avec des performances musicales et représenter le peuple albanais. En plus de ces objectifs fort dignes, quelques membres ont estimaient qu'ils pouvaient étendre leurs talents dans de nouvelles directions. Comme n'importe quel musicien, ils jouaient en dehors du cadre de l'orchestre, pour leur propre plaisir et pour le plaisir des autres, lors de mariages, de fêtes et d'autres occasions festives.

Mais ils souhaitaient aussi passer de l’autre coté de la frontière, s'éloigner du prévisible et puisque les orchestres de cuivres avaient d'abord fleuri en Albanie comme une initiative culturelle sérieuse liée au Rilindja (le mouvement de renaissance albanais du premier vingtième siècle), et ils sont allés vers la musique de danse. Et ici, étant les héritiers des sujets d'une autre Empire, en l’occurrence l'Empire Ottoman, ils ont trouvé l'inspiration chez leurs voisins, qui avaient aussi gagné leur indépendance quand cette occupation s'est effondrée.

Les 500 ans de présence ottomane ont laissé une marque durable sur la vie urbaine partout dans la région, dans la cuisine, la langue, le mode de vie et dans la musique plus particulièrement avec les gammes utilisées, ses modes et ses inflexions, de sorte qu’il existe une sorte de communauté musicale dans tous les Balkans, un discours unique mais avec des accents innombrables. La Fanfara a été vite a l’aise dans ce style, adoptant les rythmes brillants, tendus, entêtants des orchestres Rom du Sud de la Serbie et les mélodies syncopées de la Macédoine ou de la Grèce, en plus de réarrangements judicieux de chansons classiques du Sud de l'Albanie, aux polyphonies complexes et émouvantes. Elle a rapidement commencé à se bâtir une belle réputation dans le circuit des festivals européens, celle de musiciens inventifs, virtuoses, et passionnés. Et comme tout orchestre ayant une bonne réputation, il avait besoin d'un bon remix.

Et c'est comme ca que le projet a démarré, avec quelques idées de base et des envies. Travaillant de manière de plus en plus pointue et raffinée, l'équipe britannique s’est prise au jeu des sons, des textures et des couleurs de cette musique. Des paysages inattendus ont commencé à s'ouvrir; des lieux ont été trouvés pour la batterie, les percussions, le sitar; des traitements électroniques, samples, des boucles et des re-configurations ont métamorphosé les originaux. La Fanfara, en entendant ces résultats, a apporté d’autres changements, composé de nouveaux morceaux. Grâce à cette collaboration à distance et à travers ce processus d'accumulation et d’évolution progressives, les originaux s’obscurcirent, se cachèrent, se réfractèrent. Une méditation endeuillée menée par une clarinette naquit de l'implacable danse macabre de Kabatronics, la sournoise métaphore de la chasse Trois beautés ("j'ai pris mon fusil de chasse et je suis sorti pour chasser - oh oui, j'ai eu trois beautés, les gars") a été remaniée avec une ligne de basse entêtante, et le chanteur du TGU, Tuup, a commencé à imaginer des récits imbriqués dans la musique, des points de contact entre les deux hémisphères, des expériences partagées de naissance, mariage, décès, et la résistance.

Transglobal Underground et la Fanfara Tirana partagent de nombreuses qualités. Les deux à la fois sont enracinés dans une culture locale populaire, qui leur sert de tremplin pour explorer et déconstruire les cultures des autres, pour les approcher avec curiosité, fascination et esprit, à la recherche d'un terrain commun dans un dialogue infini des possibilités. Etre britannique, et être albanais, signifie faire partie d'un réseau d'héritages de communautés transnationales et de toutes les complexités, les ambiguïtés morales et les opportunités que cela implique, cela signifie que toutes les limites et les frontières doivent être négociées, que toutes les valeurs doivent être remises en question. De telles collaborations sont profondément humaines et profondément politiques, opposant une solidarité locale créatrice, contre la broyeuse de la mondialisation, construisant des fraternités par en bas.

Ce n'est sûrement pas par hasard que la chanson qui la première a attiré l’attention des membres de TGU, est une chanson de l'émigration. Qaj Maro, qaj moj bijë, chante la femme restée au pays tandis que son mari cherche du travail ailleurs dans les terres ottomanes. "Pleure, Maro, pleure ma fille. Il a pris la route pour l'Egypte, m'a laissé avec les enfants. Douloureuse est notre vie ... " Du travail de ceux qui s’en sont allés devant nous vient notre force.

by Kim Burton